• 03 Mar, 2026

« Ma couronne crépue » : un guide pour aimer nos cheveux naturels dès l’enfance

« Ma couronne crépue » : un guide pour aimer nos cheveux naturels dès l’enfance

On reconnaît le rouquin aux cheveux du père et le requin aux dents de la mère. @Pierre Desproges

Ce week-end, dans la ville de Goma ; j’ai eu l’honneur de faciliter la cérémonie du vernissage du livre « Ma couronne crépue » de Madame Soki Mulekya.  Un moment culturel riche, caractérisé par la diversité des expressions artistiques : danses folkloriques, slam, littérature et beauté.

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Que retenir de “Ma couronne crépue” ?

Un petit guide de 45 pages, destiné aux enfants. Il les invite dès le plus jeune âge à porter leurs cheveux naturels avec fierté et amour. À travers des déclarations simples et des illustrations captivantes, il leur apprend à aimer et à entretenir leur chevelure.

Pourquoi ça m'a interessé ?


Dans mon enfance, l’image de la beauté féminine dépendait des mèches, des tresses ou des perruques. Il était difficile que tu sois “belle” sans ces rajouts. Je me souviens de nuits où ma mère ne pouvait pas dormir à cause de la douleur de ses coiffures. Je me rappelle encore des comprimés qu'elle avalait pour calmer la douleur, des massages vains à l'eau chaude sur son cuir chevelu...

Nous avons grandi avec l’idée implicite qu’il fallait cacher nos cheveux crépus : sous un foulard, des mèches ou encore par des produits de défrisage.  Nous avons appris indirectement que, s'il nous fallait être “belles”, nous avions besoin de plus que nos cheveux naturels. 

Et en y pensant à fond, ce n'est pas pour rien non plus que la plupart d'écoles exigaient aux jeunes filles de raser la tête, généralement pas une longueur au dessus de 3 cm. Je me rappelle encore du visage furieux de mon directeur de l'école primaire quand il disait : “allez me sortir ces saletés” pour désigner nos cheveux crépus d'à peine 5 cm. 

En grandissant, nous avons fait des choix, de porter des mèches, des plantes, des perruques, etc. Et la modernisation, les réseaux sociaux qui nous vendent le modèle de beauté ainsi que notre complexe entretenu dès l'enfance ne nous laissent pas le choix. N'est-ce pas ?

Je ne juge personne. Moi-même, à une époque de ma vie, j'ai défrisé mes cheveux, je les ai teints, je les ai enroulés dans des mèches, mais plus maintenant, plus jamais. Pourquoi ? Parce qu'une collègue blanche m'avait un jour dit : “c'est comme si vous n'aimiez pas vos cheveux, pourquoi vous les agressez ?”, la suite de la discussion était pour me faire croire que je n'étais pas fière de mes cheveux. Au contraire : j'ai toujours aimé mes cheveux, je les ai toujours entretenus ; malheureusement de la manière que l'on m'avait appris à le faire. Cette manière laissait passer un message tel que je n'aimais pas mes cheveux, je n'étais pas fière de mes cheveux. C'est pourquoi ce guide me touche, je pense vraiment que nos enfants doivent connaître la valeur de leurs cheveux naturels en grandissant. 

Une amie me dit souvent que les cheveux sont spirituels. Pour ma part, j’aime dire qu’ils sont un patrimoine culturel : une grande partie de notre identité, de notre culture et de notre histoire. Les cheveux sont une couronne. Nous devons être fiers de les porter, nous devons les entretenir avec amour, nous devons regarder positivement tous les qualificatifs qui existent pour décrire nos cheveux.

Pour moi, le plus important…

Madame Soki a écrit pour les enfants, mais son message concerne tout le monde, nous sommes tous responsables de la promotion de notre identité, qui passe aussi par nos cheveux. 

Ce n'est pas qu'une question des femmes. Les hommes doivent aussi arrêter d'exercer une certaine pression de “beauté” sur les femmes. Ils doivent jouer aussi un rôle, en admirant et en encourageant ce qui est naturel.

Le guide est disponible à Goma pour 20 USD. Chaque achat porte un nom : la solidarité envers les enfants orphelins. 

Karibu !

Photo crédit : Vanessa Kaniki  
 

Brianca O. BUHORO

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