On ne lit jamais un livre. On se lit à travers le livre, soit pour se découvrir, soit pour se contrôler. @Claude Roy
Cette année, j’ai remis la lecture au premier plan de mes loisirs. Au cours du mois de janvier, deux livres m’ont particulièrement touchée.
The Beekeeper of Aleppo, écrit par Christy Lefteri et publié par Zaffre en 2019.
C’est un roman soigneusement écrit, et il n’est pas étonnant qu’il soit devenu un bestseller (plus d’un million d’exemplaires vendus). L’histoire met en scène un couple, Nuri et Aphra, qui perd tout dans la guerre en Syrie, y compris leur fils unique. Contraints de fuir, ils laissent derrière eux toute leur vie dans l’espoir de recommencer ailleurs. Malgré les difficultés ; l’amour, le courage et l’espoir restent au rendez-vous.
Ce récit m’a rappelé les conséquences de la guerre, ainsi que mes proches qui ont dû partir précipitamment pour chercher refuge. Le message essentiel du livre est que la vie est précieuse : personne ne souhaite mourir, et l’on mesure à quel point les personnages endurent l’impossible pour survivre. Même lorsqu’ils semblent avoir tout perdu, la peur de mourir demeure. La valeur d’une vie est inestimable, peut-être parce qu’elle ne peut s’acheter.
Mon coup de cœur de janvier : Moi, Nojoud, 10 ans, divorcée de Nujood Ali (avec Delphine Minoui), publié en 2009 aux éditions Michel Laffon.
Contrairement au premier livre, qui est une fiction inspirée de faits réels ; “Moi, Nojoud, 10 ans, divorcée” est une histoire authentique. Elle raconte le parcours d’une fillette yéménite contrainte d’épouser, à seulement dix ans, un homme de l’âge de son père. Pendant deux mois, elle subit les violences sexuelles et physiques de son mari et de sa belle-mère, dans le silence complice du village et de sa propre famille. Finalement, elle trouve le courage d’aller au tribunal de Sanaa pour demander le divorce. A 10 ans …
Ce récit est une véritable leçon de courage. Il reflète nos réalités à nous tous. Il m’a fait réfléchir à toutes les personnes dont le chemin de vie est imposé par les coutumes, les croyances ou les choix des autres, et qui doivent affronter des réalités qu’elles n’avaient jamais imaginées pour elles-mêmes. Et comment, d’une certaine façon, elles y restent conditionnées comme si c’était acceptable. Pourquoi pas puisque notre société normalise ? A force de normaliser, nous finissons par penser que les fruits des choix imposés sont notre destin, mais non, nous sommes, chacun, maître de son destin, il suffit d’avoir le culot de l’assumer : le Courage
Ce livre est une inspiration : il montre que, grâce au courage, tout est possible. Que ce soit au Yémen ou ailleurs ; notre société impose encore des normes qui empêchent chacun de réaliser pleinement son potentiel. Il n’est pas seulement question de sexe même si dans la plupart de cas, les filles et les femmes sont les plus affectées.
Les filles comme les garçons sont parfois enfermés dans des rôles prédéfinis : « un homme doit être comme ceci », « une femme doit être comme cela ». On en souffre profondément, mais on n’ose pas le dire, persuadés que notre voix ne changera rien à un système ancien. C’est une erreur : le courage peut transformer les choses.
À dix ans, Nojoud a été mariée de force sous les yeux de sa mère et des femmes de son entourage, qui savaient ce qui l’attendait. Personne n’a protesté, car toutes pensaient que tel était le destin des femmes au Yémen, les choses n’ont pas beaucoup changé au Yémen, d’autres cas similaires continuent à se produire. Pourtant Nojoud n’a pas accepté que les lois et traditions dictent sa vie. Elle n’a pas accepté d’endosser un destin tracé par les autres.
Elle a pris un risque immense, consciente que sa vie et ses rêves en valaient la peine. En demandant le divorce, elle s’est opposée à sa famille, à sa belle-famille et à toute la société. Grâce à son courage, elle a gagné : elle a retrouvé son enfance et a pu poursuivre ses rêves, notamment étudier et aider d’autres femmes victimes comme elle.
Le style simple du livre permet au lecteur d’imaginer ce qu’a pu être cette expérience pour la petite Nojoud et de mesurer l’admirable force de son geste. Je connais des adultes prisonniers de mariages toxiques ou d’environnements familiaux et professionnels oppressants, qui n’osent pas briser leurs chaînes. Des hommes et des femmes instruites et qui ont des capacités que n’avait pas Nojoud à 10 ans mais se laissent liés. Le courage de Nojoud est un modèle pour chacun de nous : notre véritable prison n’est pas d’abord les normes ou les coutumes, mais de notre état d’esprit. Nous devons être assez braves pour dire « non », refuser ce qui ne nous convient pas et nous battre pour nos droits. Même sans soutien immédiat, nous devons nous lever, essayer et espérer que ça marchera. Sur notre chemin, nous rencontrerons des personnes pour nous soutenir, pour nous aider à porter nos luttes mais la première décision doit venir de nous.
Si vous êtes à Goma et souhaitez lire ce livre, je vous le recommande, il est disponible au quartier francophone de Goma, dirigé par le poète Guillaume Bukasa. L’adresse est le foyer culturel de Goma, près du collège Mwanga.
C’est avec honneur que j’ai pris la parole au nom de Monsieur Bukasa Kabwe, Directeur Général des Éditions NGE, à l’occasion du vernissage du livre du psychologue clinicien, Monsieur Henry Kabeya.
Un grand rendez-vous littéraire et un événement bien réussi, bravo à l'auteur, aux Éditions NGE et à toute l'équipe organisatrice.
J'ai grandi entre les livres en me faisant des amis invisibles dans les pages qui tombaient en poussière et dont je porte encore l'odeur sur mes mains. @Carlos Ruiz Zafon
Comme l’écriture, les arts sont des instruments vivants. Ils rassemblent, apaisent, reconstruisent. En période de crise, ils offrent des espaces d’expression, de communion, de lien. C’est donc avec une grande joie que je vous annonce la toute première édition du Festival du Livre et des Arts de Beni, portée par les éditions Nge, sous le thème Mémoire, Plume et Résilience.